Le Grand Désaveu (octobre 2017) – 368 pages – Format 15,2 cm x 22,9 cm – 23,50 euros – Éditions Moi Non Plus

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Couverture du livre "Le Grand Désaveu" - Éditions Moi Non PlusIl est parfois, dans la vie, un moment où les astres s’alignent de manière parfaite en votre faveur ; un moment où tout ce que vous entreprenez, nécessairement, réussit ; un moment où la chance, quel que soit le danger, en aucune façon ne vous trahit.

Dans le cas d’un quidam lambda, la survenue d’une telle conjonction sera généralement à peine remarquée, et ses conséquences, pour autant qu’il y en ait, n’iront que rarement au-delà d’un cercle limité. Mais qu’une telle situation favorise une personne convaincue d’être promise à un grand destin et qui s’y prépare, ou mieux, qui veut le forcer, alors, c’est à un accomplissement d’une toute autre ampleur que s’ouvre la voie.

Lors de la présidentielle de 2017, cet ambitieux audacieux s’appelait Emmanuel Macron. Quant au phénomène exceptionnel qui l’a favorisé, il tient en un mot : « désaveu ». Non pas le sien (« pas encore », prédiront certains), mais celui de la classe politique qui l’a précédé pendant vingt ans. « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Des primaires aux législatives, plus que tout autre thème, cette récusation a été une constante, et aucune figure ancienne n’y a à un moment ou un autre échappé.

Avec Le Grand Désaveu, revivez les huit mois de campagne qui ont mené Emmanuel Macron à l’Élysée. Sa première partie relatera les moments-clefs de l’élection et les dynamiques qui l’ont fait basculer, la deuxième offrira un compte-rendu semaine par semaine des événements, et la troisième un aperçu du contexte dans lequel ils se sont déroulés. Quant à savoir comment se traduira le renouvellement promis par le nouveau président … Premier bilan au plus tard dans cinq ans.

 

 

Extraits du livre « Le Grand Désaveu »

 

Section I. Le Grand Désaveu – Synthèse de campagne

 

« Chère vieille Europe ».

Tel était l’intitulé de travail de cet ouvrage avant que ne soit choisi son titre définitif. « Chère vieille Europe », parce que, après douze années émaillées par une série de crises qui l‘ont fragilisée comme jamais, c’est avec anxiété que l’Union européenne voyait s’approcher une élection dont le verdict allait peut-être remettre en question sa destinée.

Deux ans plus tôt, une telle hypothèse semblait pourtant absurde : une anti-européenne patentée comme Marine Le Pen pourrait bien atteindre le second tour de la présidentielle, jamais au grand jamais elle ne la gagnerait. Oui, mais … Depuis, des attentats sanglants ont été commis. Depuis, la crise migratoire a surgi. Depuis, la contestation contre le libre-échange et « les technocrates de Bruxelles » s’est durcie. Et il y a eu le Brexit. Et la victoire de Trump aux États-Unis. Et l’extrême-droite échouant d’un fifrelin à prendre la présidence de l’Autriche. En deux ans, l’Occident mal remis de la Grande Récession de 2008 a été ébranlé par une série d’événements qui, non seulement ont accentué le mécontentement d’une part croissante de sa population, mais, en plus, ont conduit à des votes remettant en cause la légitimité même du modèle sur lequel il a fondé son développement.

Alors certes, le système électoral français n’est pas le système électoral américain, dont les subtilités si particulières ont beaucoup fait pour la victoire de Trump ; certes, malgré des progrès spectaculaires, le FN n’a pas réussi jusqu’ici à briser le plafond de verre qui l’empêche d’accéder à un niveau de pouvoir élevé ; certes, la présidentielle n’est pas un référendum où des camps aussi opposés que la gauche radicale et l’extrême-droite peuvent se retrouver à voter de la même manière ; certes ; n’empêche, à mesure qu’approche le scrutin, le doute va grandissant : « Et si, comme au Royaume-Uni, et si comme aux États-Unis … ».

 

 

Section II, Chapitre 4 – Primaire de la gauche : Surprise et pataquès

 

(…) Les premières estimations sur le nombre de votants se veulent toutefois encourageantes : « entre 1,5 et 2 millions de participants, sans doute plus proche des 2 millions », dixit Thomas Clay, le président de la Haute Autorité chargé de superviser le déroulement de la primaire. Mais à mesure que les bureaux de vote envoient leurs résultats, des incohérences apparaissent. Ainsi, relèvent les observateurs, si le nombre total de suffrages augmente logiquement, les pourcentages entre candidats demeurent identiques …

Au milieu de la nuit, la Haute Autorité cesse de communiquer sur le sujet. Puis, un « bug » est évoqué, et la confusion se met à régner. La confusion, mais aussi la suspicion : le PS n’aurait-il pas par hasard cherché à gonfler les chiffres ? Les remarques ironiques se mettent à voler, les tentatives d’explications ne convainquent pas, et l’image renvoyée est désastreuse. Enfin, les résultats définitifs sont publiés mercredi 25 (trois jours après le scrutin), avec le score des candidats confirmé, et une participation s’élevant finalement à 1,6 million de votants, loin des deux millions un temps entrevus, loin des 2,6 millions à la primaire de 2011, et plus loin encore des 4,3 millions rassemblés par la droite en novembre dernier. (…)

 

Section II, Chapitre 12 – Où Fillon joue son va-tout au Trocadéro

 

(…) Malgré ces départs, Fillon demeure inébranlable et tente un coup de force : rassembler un maximum de sympathisants dimanche au Trocadéro afin de montrer qu’il jouit toujours du soutien de la rue. Face à ce véritable quitte ou double, les réactions de son camp sont d’autant plus partagées que l’hebdomadaire Valeurs actuelles relaye l’événement comme étant une « marche contre le coup d’État des juges ». Comprenant le danger, l’entourage de Fillon tente de calmer le jeu et déclare que le rassemblement vise avant tout à défendre les valeurs et le projet de redressement portés par le candidat.

Les jours précédant le meeting sont électriques. Jeudi, le domicile parisien des Fillon est perquisitionné. Vendredi, c’est au tour de leur château dans la Sarthe d’être le théâtre d’une descente de police, tandis que, dimanche matin, paraît dans le JDD une interview de Penelope Fillon qui défend la réalité de ses emplois controversés. La veille, Fillon a tenu un meeting à Aubervilliers dans une salle que Le Monde rapporte en grande partie vide. Pendant ce temps, les défections continuent, dont deux remarquées : celle du directeur de campagne Patrick Stefanini, qui remet sa démission vendredi soir avec prise d’effet après le Trocadéro ; puis, dimanche matin, celle de Christian Estrosi, qui évoque sa « gêne » devant le rôle majeur que joue le mouvement catholique conservateur « Sens commun » dans l’organisation du meeting de dimanche. De leur côté, en coulisses, les ténors LR tentent de trouver une sortie « respectueuse » à Fillon, lequel ne veut rien entendre, et surtout pas si c’est Alain Juppé qui doit le remplacer. (…)

 

Section II, Chapitre 16 : Le Grand Débat

 

(…) Si Mélenchon a été le seul à contredire Le Pen lors de sa tirade migratoire, la partie sur la laïcité va en revanche être plus animée. La séquence commence quand Marine Le Pen déclare que personne n’a contesté la loi de 1905 pendant un siècle. « Vous plaisantez ? » s’indigne Mélenchon en rappelant l’attitude l’Église catholique. Le Pen le lui concède du bout des lèvres et entame une grande tirade contre le communautarisme. « Mais alors, on abroge le concordat ? » demandent en chœur et avec malice Hamon et Mélenchon. « Non, non, non ! » réplique Le Pen. « Ouais … la laïcité comme ça vous arrange, en fait » rétorque Hamon.

Gros plan sur Macron qui se marre. Le Pen reprend : « Vous ne voulez pas voir la gravité de la situation, il y a quelques années il n’y avait pas de burkinis sur les plages. Je sais que vous êtes pour, monsieur Macron ». Celui-ci cesse aussitôt de rigoler et réagit dans l’instant : « Vous serez gentille, je ne vous fais pas parler, je n’ai pas besoin d’un ventriloque. Le burkini n’est pas lié à la laïcité, mais à l’ordre public ». Mélenchon l’approuve : « Bien évidemment ». Macron : « Je ne veux pas rentrer dans le piège d’en faire un débat sur la laïcité (…) vous divisez la société (…), c’est un problème d’ordre public, pas un grand problème de théorie. Ne divisez pas les Français dessus ». Surprise, Le Pen subit la réplique. Quand Macron en a terminé, elle tente de reprendre : « Pensez aux femmes qui ne peuvent pas se vêtir comme elles veulent ». Mélenchon lui répond : « Vous confondez la bataille idéologique. On ne va pas établir une police du vêtement en rue ». Le Pen : « On l’a fait à l’école ». Mélenchon : « L’école est un endroit particulier ». Fillon, qui s’était jusque-là garder d’intervenir, s’immisce enfin : « Cette émission est un débat entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ». Et il prend la main pour exposer sa vision de la question (…).

 

Section III, Chapitre 4 : Programmes – Institutions républicaines

 

Mélenchon VIe République
Hamon VIe République
Macron Grande loi de moralisation
Fillon Pas de changements majeurs
Le Pen Recours accru au référendum

 

Mélenchon et Hamon font du passage à la VIe République un axe-clef de leur projet. Ainsi Mélenchon entend « abolir la monarchie présidentielle » en instaurant un régime parlementaire stable dans lequel le gouvernement détient le pouvoir exécutif et est responsable devant le Parlement. Pour se faire, il mettra en place une assemblée constituante qui élaborera une nouvelle Constitution. Quant au Sénat, il sera supprimé et l’Assemblée nationale sera élue à la proportionnelle.

De son côté, Hamon veut une conférence pour une VIe République. De là naîtra une nouvelle constitution avec un système électoral à la proportionnelle et qui instaurera un septennat présidentiel non-renouvelable. Le recours à l’article 49.3 sera également davantage encadré et limité, et une limitation du cumul des mandats des élus sera instaurée. Autre mesure : la mise en place d’un 49.3 citoyen qui permettra à 1%, du corps électoral soit de faire inscrire à l’ordre du jour du Parlement une proposition de loi citoyenne, soit de soumettre une loi votée à référendum.

Macron, lui, est satisfait de la Ve République et n’entend pas la changer. Il veut en revanche faire adopter une grande loi de moralisation de la vie publique concernant tant les ministres que les parlementaires.

Fillon non plus n’entend pas procéder à des modifications majeures concernant la Ve République. Il prévoit néanmoins de proposer aux Français par référendum une réduction du nombre de parlementaires à environ 400 députés et 200 sénateurs. Concernant la transparence, Fillon incitera les assemblées à réformer et à améliorer les mécanismes de contrôle de déontologie mis en place dans chacune d’elles. Il instituera également la transparence totale par la publication obligatoire des liens de parenté entre les parlementaires et les collaborateurs.

La Ve République convient également très bien à Le Pen, à quelques ajustements près, le principal étant un recours plus fréquent au référendum afin de redonner la parole au peuple. Cette volonté se manifestera par l’organisation d’un référendum en vue de réviser la Constitution de manière à conditionner toute révision future de ladite Constitution à un référendum. Autre mesure prévue par la candidate du Front national : la création d’un véritable référendum d’initiative populaire sur proposition d’au moins 500 000 électeurs.

 

 

Section II, Chapitre 23 : Où le match à quatre est confirmé

 

La dernière fournée de sondages confirme la tendance observée depuis fin mars : le match pour accéder au second tour sera bien un match à quatre. Si, à une semaine du scrutin, tant Le Pen que Macron conservent en effet une longueur d’avance sur Fillon et Mélenchon, l’écart entre ces deux duos n’en finit toutefois plus de se réduire

Pour le leader d’En Marche comme pour celle du FN, une absence au second tour constituerait une terrible désillusion, pour la première parce que sa présence y est annoncée comme assurée depuis un an, pour le second parce que les circonstances de campagne lui ont ouvert un boulevard inespéré vers l’Élysée.

A l’inverse, du côté de Mélenchon et Fillon, l’espoir grandit mais reste ténu. Pour Mélenchon, toute la question est de savoir s’il peut encore accentuer sa dynamique et voir une partie des électeurs restant à Hamon se porter vers lui. Revers de la médaille : vu sa montée dans les sondages, son programme est désormais la cible d’attaques virulentes susceptibles d’effrayer plus d’un ralliement potentiel. Quant à Fillon, son espoir se situe plus que jamais dans l’existence d’un vote (bien) caché et dans la remobilisation d’électeurs de droite l’ayant délaissé après la révélation du Penelopegate (…).

 

Le Grand Désaveu (octobre 2017) – 368 pages – Format 15,2 cm x 22,9 cm – 23,50 euros – Éditions Moi Non Plus

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