Le Rejet et la Normalité (octobre 2017) – 270 pages – Format : 15,2 cm x 22,9 cm – 19,50 euros

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Couverture du livre "Le Rejet et la Normalité" - Éditions Moi Non PlusSi certaines descentes aux enfers peuvent être insidieuses et longues à se manifester, d’autres au contraire sont instantanées et sans répit. Pour ce qui est du quinquennat de Hollande, c’est la seconde option qui a prévalu, avec pour conséquence une courbe de popularité qui sombra à un niveau qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait jamais atteint avant lui.

Pourtant, le socialiste avait affirmé avoir tiré les leçons de la présidence Sarkozy, de sa frénésie, de ses excès. Avec lui, il l’avait promis, rien de cela n’adviendrait, il serait un président « normal ». Et, dans l’ensemble, il l’a été. Encore fallait-il s’entendre sur le sens du mot « normalité », lequel, dans l’opinion, a vite rimé avec médiocrité et manque d’autorité. Mais, au bout du compte, cette question était-elle si cruciale ? Car davantage qu’une attitude, ce que les Français attendaient, c’était des résultats. Et, comme avec Sarkozy, quelles qu’en soient les raisons, ils ne sont pas venus, ou trop tard. Et dès lors : rejet. Celui de Hollande, mais pas seulement, un rejet en fait général, et qui, d’une certaine manière, est devenu une sorte de norme dans le paysage politique français.

Dans sa première partie, Le Rejet et la Normalité dressera le bilan des six mois de campagne qui ont mené François Hollande à l’Élysée, ainsi que celui du quinquennat qui s’en est suivi. La deuxième partie, elle, fera revivre semaine après semaine les péripéties qui ont animé la présidentielle, puis chroniquera les moments-clefs de l’ère Hollande. Quant à la troisième, elle offrira un aperçu du contexte général dans lequel ces cinq années se sont passées, cinq années au terme desquelles, pour la première fois sous la Ve République, un Président ne se représenta pas après avoir achevé un premier mandat.

 

 

Extraits du livre Le Rejet et la Normalité

 

Section I – Chapitre 1 : Du rejet normal …

 

Nicolas Sarkozy peut-il créer la surprise et renverser les pronostics qui le donnent perdant sans rémission face à François Hollande ? A trois mois du premier tour, c’est ainsi que se résume la situation d’une élection qui, pour nombre d’observateurs, s’est déjà jouée en amont, à l’occasion de deux séquences distinctes.

La première de ces séquences s’est déroulée sur un temps long : tout simplement l’intégralité du quinquennat qui vient de s’écouler, lequel a non seulement été marqué par la grande crise économique et financière qui s’est déclarée en 2008, mais aussi par la profonde exaspération ressentie par nombre de Français à l’égard du président Sarkozy. En cause : son bilan, sévèrement critiqué, et sa personne, jugée incapable d’endosser les habits de la fonction. Ce rejet exacerbé est en fait apparu dès les premières heures qui ont suivi la victoire de 2007, et il n’a fait que s’aviver à mesure que « l’hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy se traduisait par davantage de maladresses, de scandales, de décisions controversées et d’échecs politiques. Bref un quinquennat catastrophique, tant sur le fond que sur la forme, avec pour résultat une liste presque infinie de casseroles qui plombent les chances du Président sortant d’être reconduit à l’Élysée.

La seconde séquence-clef, elle, a été beaucoup plus courte, et (…)

 

Section II-a – Chapitre 5 : Où Sarkozy vire à droite toute

 

Semaine en deux temps pour Nicolas Sarkozy, avec d’abord, les suites de la sortie du ministre de l’Intérieur Claude Guéant sur les « civilisations inférieures ». Lors d’une session de questions au gouvernement, le député martiniquais Serge Letchimy (apparenté PS) déclenche un chahut dans les travées de l’Assemblée en déclarant à Claude Guéant : « Vous nous ramenez jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration ». Interrogé ultérieurement sur cette polémique, Sarkozy qualifie les propos de son ministre de « de bon sens ».

Plus tard, Sarkozy (toujours officiellement non-candidat) dévoile au Figaro Magazine ses « valeurs ». Parmi les sujets abordés : l’éducation (où il estime ne pas avoir été au bout de la réforme), les collectivités locales (qu’il veut obliger à réduire leurs dépenses), les droits des homosexuels (opposition au mariage gay) et la fin de vie (rejet de l’euthanasie). Il évoque aussi sa volonté de s’adresser directement aux Français en recourant activement au référendum, notamment en matière de chômage et d’immigration, autant de sujets sensibles s’il en est.

 

Section II-a – Chapitre 10 : Où Mélenchon prend la Bastille

 

(…) Autre gagnant de la semaine : Jean-Luc Mélenchon, que des sondages annoncent pour la première fois à plus de 10%, et dont les thèmes exercent une influence grandissante sur la campagne, jusqu’à être en partie repris par ses adversaires (taxer fortement les hauts revenus pour Hollande, taxer les exilés fiscaux pour Sarkozy). Point d’orgue de la semaine du candidat du Front de Gauche : le rassemblement du 18 mars à la Bastille, au cours duquel 120 000 personnes se massent pour l’entendre appeler à l’insurrection citoyenne et réclamer l’instauration d’une VIe République.

Concernant le discours de Mélenchon, il est court (vingt minutes) et solennel. Après avoir rappelé la symbolique du lieu et de la date (anniversaire de la Commune et cinquante ans de l’indépendance de l’Algérie), le leader du Front de Gauche appelle à la révolution citoyenne et à un printemps des peuples, en France, mais aussi en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, etc. Il annonce ensuite, s’il est élu, la tenue d’une Assemblée constituante strictement paritaire, puis appelle ses partisans à mener des marches semblables dans d’autres villes de France et affirme sa volonté d’inscrire le droit à l’avortement et à l’euthanasie dans la Constitution. Il appelle également à l’extension de la loi de 1905 à toute la France, y compris en Alsace (où s’applique le Concordat), et termine en déclarant inaliénable la liberté sur la Toile (il veut la suppression d’Hadopi), puis en rejetant l’idée d’une règle d’or budgétaire, lui préférant quant à lui une « règle verte » (écologique).

 

Section II-a – Chapitre 14 : Où Hollande se tasse mais reste stoïque

 

(…) Face à la montée de Sarkozy et à la percée de Mélenchon, Hollande veut ne pas sur-réagir et garde la même ligne depuis le début de la campagne : insister sur le bilan du président sortant et ne pas se lancer dans une surenchère d’annonces spectaculaires. En déplacement à La Réunion, il déclare toutefois que le ton va changer et que les socialistes vont davantage « taper sur Sarkozy », désormais qualifié de « grand prometteur mais petit donneur. » Mais plus que ses adversaires, Hollande semble surtout craindre l’abstention, susceptible selon lui de rebattre les cartes.

 

Section II-a – chapitre 17 : Où chacun a vingt minutes pour convaincre

 

Interrogée sur l’attitude qu’elle adopterait en cas d’afflux massif de réfugiés politiques, Marine Le Pen déclare sans ambages qu’elle refuserait tout accueil, « la France n’en ayant plus les moyens ». Elle en rejette la faute sur Sarkozy qui a, dit-elle, aggravé le flux migratoire et serait responsable de l’instabilité régnant en Afrique du Nord, l’intervention en Libye étant à ses yeux un échec majeur qui a abouti d’une part à la prise de pouvoir de djihadistes, et d’autre part à déstabiliser la région. Questionnée sur ses propos sur l’affaire Merah, elle confirme être pour la suppression du droit du sol et réitère sa volonté de prendre en compte des critères de bonne conduite pour l’attribution de la nationalité française. Sur les IVG : elle entend lutter contre les interruptions de « récidive » et est opposée au Pass contraception, renvoyant la responsabilité aux parents sur ce sujet. Mise sur la sellette sur ses mesures économiques, Le Pen s’en tire par une pirouette en appelant ses interlocuteurs à « sortir du cadre » et ne pas rester figés dans des schémas immuables.

 

Section II-b – Chapitre 1 : L’état de grâce zéro

 

Trempé jusqu’aux os. C’est ainsi que le Président Hollande se recueille le 15 mai 2012 devant la flamme du soldat inconnu après avoir remonté les Champs-Élysées sous des trombes d’eau. Pour sa cérémonie d’investiture, c’est peu dire que la météo ne l’a pas gâté, et elle continue à ne pas le faire pendant le reste de la journée, puisque, quelques heures plus tard, c’est cette fois la foudre qui – littéralement – s’abat sur le nouveau Président, dont l’avion, en vol vers Berlin, est frappé par un éclair qui l’oblige à rebrousser chemin. Bref, pour les amateurs de symbolique de mauvais augure, la première journée du quinquennat est riche en émotions, et la suite des événements ne va guère tarder à renforcer leur conviction.

 

Section II-b – Chapitre 2 : Municipales – Déroute 1.0 et UMP en verve

 

C’était une défaite qui s’annonçait pour la gauche, et c’est peu dire qu’elle a viré à la déroute, avec la perte de 160 villes de plus de 10 000 habitants (dont dix de plus de 100 000 : Toulouse, Saint-Étienne, Angers, Reims, Amiens, Caen, Tours, Limoges, Argenteuil, Saint-Paul), ainsi que celle de bastions tenus depuis des décennies : Limoges (1912), Niort (1954) ou encore Nevers (1971). La saignée est aussi très marquée en Île-de-France, notamment en Seine-Saint-Denis, où la droite prend trois mairies au PCF (Le Blanc-Mesnil, Bobigny, Saint-Ouen) et une au PS (Aulnay-sous-Bois). (…)

 

Section III – Chapitre 5 : Thèmes et sujets divers – Affaires Kadhafi et financement libyen

 

En mars 2012, Mediapart publie des documents dévoilant un possible financement de la campagne 2007 de Sarkozy par la Libye de Kadhafi. Parmi les personnes qui auraient négocié ce financement : Brice Hortefeux (ami historique de Sarkozy et futur ministre) et l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine, déjà évoqué dans l’affaire Karachi (cf. supra).

Les relations entre Kadhafi et Sarkozy ont fait couler beaucoup d’encre depuis l’élection de ce dernier. Devenu président, Sarkozy a en effet rapidement multiplié les gestes de normalisation avec la Libye, longtemps au ban de la communauté internationale pour son soutien à des actes terroristes et la crainte qu’elle développe un programme nucléaire.

Le premier signe marquant de rapprochement a lieu dans le cadre de l’affaire des infirmières bulgares détenues en Libye depuis 1999. Grâce à une médiation internationale menée par la France, leur libération a lieu en juillet 2007. Parmi les personnes présentes dans l’avion qui les ramène en Europe : le ministre de l’Intérieur Claude Guéant et l’épouse de Nicolas Sarkozy, Cécilia. Dans la foulée, toute une série de contrats sont signés entre la France et la Libye, et Kadhafi est plus tard reçu en grande pompe à Paris.

En 2011 toutefois, les rapports entre les deux hommes ont radicalement changé, et Sarkozy est déterminé à obtenir le départ du pouvoir de Kadhafi (la révolution libyenne vient d’éclater) ainsi qu’à soutenir par des frappes aériennes les insurgés. Le conflit débouche sur la chute du régime de Kadhafi et le lynchage de ce dernier par des rebelles.

En avril 2013, dans le cadre des soupçons de financement présumé par la Libye de la campagne de 2007, une information judiciaire contre X est ouverte pour trafic d’influence, faux et usages de faux, et blanchiment. Elle est à l’heure actuelle (mars 2017) toujours en cours, et a déjà eu pour conséquence de déboucher sur l’affaire « des écoutes ».

 

Section II-b – Chapitre 8 : L’horreur

 

Vendredi 13 novembre 2015, vers 21h20. Une première puis une seconde déflagration se font entendre aux abords du Stade de France à Saint-Denis, où une rencontre ami-cale de football a lieu entre les Bleus et l’équipe d’Allemagne. Sur le terrain et dans les travées, nul ne s’émeut outre mesure de ces explosions. Sans doute ne s’agit-il que du déclenchement de pétards bruyants comme cela se produit parfois dans les stades. La réalité est pourtant tout autre : deux terroristes-kamikazes viennent de se faire exploser après avoir été refoulés par les services de sécurité contrôlant l’accès aux tribunes. Bilan : outre les deux terroristes (ainsi qu’un troisième, qui se fera sauter une demi-heure plus tard), un mort et une dizaine de blessés graves. Hélas, cette attaque manquée n’est que la première d’une série qui va s’abattre ce soir-là sur Paris et faire 130 tués.

Quelques minutes après les explosions au Stade de France, quatre terrasses de café et restaurants sont en effet attaquées au fusil d’assaut. Une trentaine de personnes y perdent la vie, sans parler des blessés graves. En parallèle, un autre commando de trois hommes investit la salle de concert du Bataclan où se produit le groupe Eagles of Death Metal. Ici aussi, le carnage est total : 90 tués et des dizaines de blessés. (…)

 

Section II-b – Chapitre 11 : Renonciation

 

(…) Après avoir évoqué le candidat de la droite François Fillon qu’il « respecte » mais dont « le programme met le pays en danger », puis dénoncé le risque de l’extrême-droite et du protectionnisme, il déclare ne pouvoir se résoudre à l’éclatement de la gauche qui perdrait alors tout espoir de l’emporter face au conservatisme et, pire encore, face à l’extrémisme. La conséquence de ce constat est tirée l’instant d’après : « Je ne suis animé que par l’intérêt supérieur du pays. (…) Je suis conscient des risques que ferait courir une démarche qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Aussi j’ai décidé de ne pas être candidat au renouvellement de mon mandat ».

 

Le Rejet et la Normalité (octobre 2017) – 270 pages – Format : 15,2 cm x 22,9 cm – 19,50 euros

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